Brigade d’intervention : Notre lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon

POUR QUE LA BRIGADE D’INTERVENTION NE SOIT PAS UNE AUTRE INITIATIVE VAINE,
OU LA PAIX UNE CONQUETE EPHEMERE

Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies
New-York, Etats-Unis d’Amérique.

Monsieur le Secrétaire Général,

C’est avec un grand soulagement que nous avons accueilli la nouvelle de la création, par la résolution 2098 du Conseil de sécurité de l’ONU, sur votre recommandation, d’une Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO, avec un mandat explicite de « neutraliser tous les groupes armés » actifs dans l’Est de notre pays. C’est depuis le début de l’année dernière, et l’apparition du sinistre M23 que nous avions écrit et manifesté pour demander la transformation du mandat de la MONUSCO afin qu’elle devienne véritablement une force d’imposition de la paix, au lieu de prétendre « maintenir » une paix inexistante.

La création de la Brigade d’intervention nous redonne espoir en l’avènement de la paix dans notre pays et spécialement dans la province du Nord-Kivu, après deux décennies de guerres cycliques et de violences inouïes. Nous nous réjouissons aussi de ce que le Conseil de sécurité ait tenu à rappeler la responsabilité première du gouvernement congolais à assurer la paix et la sécurité du pays, et à défendre son indépendance et sa souveraineté.

Monsieur le Secrétaire Général,

Notre réjouissance est malgré tout emprunte de prudence et d’inquiétude, au regard de certains éléments qui risquent de compromettre, soit la réalisation effective et rapide de la mission d’imposition de la paix assignée à la Brigade d’intervention, soit la pérennité de la paix qu’elle aura pu imposer.

C’est sur ces éléments que nous souhaiterions attirer votre attention, et à travers vous, celle de l’ensemble de la communauté internationale et des autorités congolaises. Notre unique leitmotiv, c’est que nous avons subi les guerres et les violences répétitives dans notre propre chair, et que nous ne voulons ni de trêve, ni de demi-solutions : nous voulons d’une paix véritable, solide et durable pour enfin nous développer et nous épanouir.

Une telle paix ne peut s’accommoder ni de nouvelles primes à des criminels impénitents de quelque bord qu’ils soient ; ni de l’impunité ou des arrangements occultes. Une telle paix ne peut pas non plus s’accommoder d’un voile pudique sur les problèmes réels de gouvernance, d’atteintes à la constitution et à la démocratie, d’injustices sociales, de corruption, de légèreté et d’incompétence que nos dirigeants actuels entretiennent délibérément.

Monsieur le Secrétaire Général,

La République Démocratique du Congo a tout le potentiel pour devenir une grande nation, démocratique, paisible et prospère, et le moment est propice pour tourner définitivement la longue page des guerres répétitives, des violences, et des atteintes à la démocratie. En dépit de leurs lacunes, la résolution 2098 et l’accord-cadre d’Addis-Abeba offrent une chance réelle d’évolution positive dans cette direction.

Si, au-delà des textes et des déclarations d’intention, la communauté internationale est réellement résolue à contribuer à l’avènement d’une paix véritable et durable, gage du développement de la RD Congo et de l’épanouissement de son peuple – ce dont la sous-région, l’Afrique et le monde ne manqueront pas de tirer meilleur bénéfice qu’actuellement –, nous l’exhortons, à travers vous, à :

1. Mettre à la disposition de la Brigade d’intervention, non seulement des moyens financiers et matériels suffisants et adéquats (notamment les drones et les hélicoptères), mais aussi leurs troupes aguerries et possédant avec la RDC plus d’affinités. L’une des raisons de l’échec de la MONUSCO durant la décennie de sa présence nous semble être le manque de motivation suffisante de la part des pays pourvoyeurs de l’essentiel des troupes. Outres les Etats de l’Afrique australe qui ont déjà proposé leurs troupes à la Brigade d’intervention, les pays occidentaux comme les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et le Canada devraient eux aussi mettre à contribution leurs armées plus expérimentées, mieux entraînées et mieux équipées pour plus d’efficacité de la Brigade d’intervention. C’est une question de cohérence et de responsabilité et cohérence de leur engagement politique et diplomatique en RDC et en Afrique des Grands-Lacs.

2. S’assurer que la Brigade d’intervention est déployée dans les meilleurs délais, et qu’elle accomplit sa mission le plus rapidement possible : les trente jours annoncés pour l’opérationnalisation de cette Brigade ne devraient pas être dépassés, au risque de permettre aux groupes armés visés d’élaborer des stratégies pour se soustraire à la traque sans disparaître vraiment. Par ailleurs, les dix ans de la MONUSCO, c’est déjà trop. Nous apprécions que dans ce contexte particulier, la communauté internationale nous aide établir les bases d’une paix durable et d’une stabilité certaine, mais cela ne peut en aucun cas justifier une présence et une assistance permanentes. Les actions de la communauté internationale ne seront légitimes que pour autant qu’elles visent à nous aider à prendre nos responsabilités, à nous conduire souverainement en tant que Nation, à atteindre notre résilience.

3. Ne pas s’écarter de la résolution 2098 qui vise tous les groupes armés locaux et étrangers : la communauté internationale ne doit pas tomber dans les mêmes errements que ceux de notre gouvernement qui a trop souvent tendance à considérer certains groupes armés comme « plus importants », ou « plus tolérables », ou « plus fréquentables » que d’autres. Tous les groupes armés, y compris le M23, doivent être neutralisés sans condition ni différenciation comme stipulé dans la résolution 2098 (2013). La communauté internationale doit peser de tout son poids pour qu’aucune mesure autre que le désarmement volontaire et sans condition ne soit plus accordée à aucun groupe armé, quel qu’il soit : ni intégration au sein de l’armée nationale, ni accords occultes, ni amnistie collective, ni mutation en groupements politiques des groupes armés comme par le passé.

4. Maintenir la pression sur les autorités congolaises pour que les réformes que toute la population attend, et qui sont le véritable gage de la cohésion nationale et de la paix durable, soient effectivement entreprises : réforme du secteur de sécurité ; mise en œuvre accélérée de la décentralisation ; réformes électorales ; réforme de la justice et jugement de tous les crimes commis en RDC ces vingt dernières années ; mise en place de toutes les institutions prévues dans la constitution du 18 février 2006 ; réformes électorales et tenue en cette année 2013 des élections provinciales, sénatoriales et locales ; engagement concret dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance économique ; réformes économiques et sociales ; etc. Pour ce faire, nous attendons de la communauté internationale qu’elle encourage et soutienne ces réformes. Dans cette optique, pourquoi ne pas réduire les autres effectifs quasi inutiles de la MONUSCO ainsi que leur budget, et engager ces moyens dans le soutien aux réformes prioritaires comme celle du secteur de sécurité ? Nous pensons qu’il est important d’encourager le gouvernement congolais à adopter et rendre public, dans les meilleurs délais, une feuille de route pour la mise en œuvre de toutes ces réformes, avec un chronogramme clair.

Monsieur le Secrétaire Général,

La résolution 2098 est un pas important de la communauté internationale dans l’accompagnement de notre pays vers le recouvrement de la paix et de la stabilité, mais beaucoup reste encore à faire. A commencer par la réalisation effective et rapide de tous les points énumérés dans cette résolution. Nous osons espérer que la mutation opérée dans la façon dont la communauté internationale perçoit la crise dans notre pays permettra une amélioration concrète de la situation. Notre souci est de nous défaire des chaînes qui empêchent depuis tant de décennies notre Nation de prendre son envol. Nous avons besoin, non pas d’une tutelle permanente, mais d’un soutien sincère des autres Nations du monde, pour réaliser ce rêve commun à notre génération.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de notre considération hautement distinguée.

Fait le 3 avril 2013, à Goma (province du Nord-Kivu).

Pour La LUCHA, les signataires :

1. Fred Bauma Winga 6.Micheline Mwendike Kamate,
2. Jean-Mobert N. N’senga 7.Luc Nkulula-wa-Mwamba
3.Chantal Faida Mulenga-Byuma 8.Fidèle Niyirema
4.François Lukaya N’yombo 9.Claudia Chuma
5.Serge Kambale Sivyavuwa

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Lettre de La Lucha au président de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu, à l »occasion de l’ouverture de la session ordinaire du mois de mars 2013

Lutte pour le Changement
Tél : +243 99 4645 977
E-mail : lucha.rdc@gmail.com Goma, le 29/03/2013

N/Réf. : 009/LUCHA/2013

Transmis copie pour information à :
– Mesdames et Messieurs les députés provinciaux du Nord-Kivu (tous) ;
– Monsieur le gouverneur de province du Nord-Kivu ;
– Monsieur le président de la société civile /ville de Goma ;
– Monsieur le ministre provincial ayant à sa charge les infrastructures ;
– Monsieur le maire de la ville de Goma ;
– Monsieur le commissaire urbain de la police nationale congolaise/ville de Goma ;
– Aux médias (tous) ;
à Goma.

A Monsieur le président de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu,
à Goma

Concerne : Problème des routes et de carence d’eau potable dans la ville de Goma :
Rappel de notre mémorandum du 21 février 2013 et de votre lettre n°067/DC/CAB- PRES.ASS.PROV.NK/2013 du 02/03/2013.

Par la présente, nous tenons, en tant que citoyens de la ville de Goma, à vous rappeler nos attentes vis-à-vis de l’assemblée provinciale en la session ordinaire de mars que vous allez commencer.

En date du 21 février 2013, nous vous avons adressé un mémorandum sur la problématique de la voirie urbaine et la carence d’eau potable dans la ville de Goma. Nous avions entamé le même jour un sit-in illimité au siège de l’assemblée provinciale. Nous avons décidé de suspendre notre mouvement le 22 mars à la suite des assurances nous données par le Bureau de l’assemblée provinciale que vous alliez accomplir ce que nous exigions de vous et qui rentre dans vos attributions constitutionnelles et légales, à savoir : user de toutes vos prérogatives constitutionnelles en tant que députés provinciaux pour :

– Obtenir que les travaux d’asphaltage des principaux axes routiers de la ville de Goma (10,5 km) soient achevés au plus tard le 15 mars 2013 (après échange, nous avions consenti à la date proposée du 28 mars 2013) ;
– Créer une Commission d’enquête pour établir tous les dysfonctionnements qu’il a dû y avoir dans le dossier de la voirie urbaine, désigner les responsables, les sanctionner et réparer les préjudices causés à la population ;
– Entre-temps, obtenir que les déviations imposées aux usagers soient révisées et/ou viabilisées afin de réduire le coût du transport, les accidents et autres tracas ;
– Inscrire en ordre de priorité sur l’agenda de la session de mars la question de l’indisponibilité de l’eau potable au niveau de la province, et en particulier au niveau de la ville de Goma, et y obtenir du gouvernement provincial une solution définitive.

Par votre lettre sus évoquée, vous aviez vous-même encouragé notre action citoyenne et non-violente et affirmé que le parlement provincial « faisait siennes toutes nos préoccupations ». Vous aviez promis qu’à l’ouverture de la session fin mars vous alliez tabler sur nos « revendications légitimes » et que vous alliez « entrer en contact avec tous les responsables concernés pour amorcer la résolution des préoccupations soulevées ».

Monsieur le président,

Jusqu’à ce jour aucune de nos revendications n’a été satisfaite par l’assemblée provinciale, dont le Bureau se réunit pourtant chaque semaine, selon votre règlement intérieur. Pire, aucun député provincial, à commencer par ceux élus dans la ville de Goma, n’a eu le courage de porter nos revendications, de soutenir la population de cette ville, ou de dénoncer publiquement ce que subit la population en raison de l’état des routes et de la carence d’eau potable. Aucun député ne s’est ému de l’agression dont nous avons été victimes devant votre propre siège de la part des éléments du Groupe mobile d’intervention de la police lors de notre sit-in, malgré les plaintes que nous avons portées à votre connaissance.

Maintenant que vous allez (enfin) commencer la session ordinaire de mars, nous espérons que vous allez considérer nos revendications avec plus de responsabilité. Nous sommes la population qui vous a élus et que vous êtes censés représenter. Nous attendons de vous que vous vous occupiez réellement de nos problèmes et y trouviez rapidement des solutions idoines. Si vous, les « représentants du peuple » ne pouvez pas user des prérogatives si importantes que la constitution et les lois vous accordent pour résoudre nos problèmes à nous population, alors à quoi bon vous avoir là ? A quoi sert l’assemblée provinciale ?

En osant croire que vous vous montrerez enfin dignes du peuple que vous êtes censés représenter, nous vous prions de croire, Monsieur le président, à nos sentiments civiques et patriotiques.

Les signataires :